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Marthe DE Pierre Bonnard
Marthe
Marthe réunit sur une même toile le peintre et le sujet qui l'accompagne toute sa vie : Marthe de Méligny, compagne et modèle de Pierre Bonnard. L'artiste la saisit assise dans un intérieur, au moment où il déploie l'esthétique intimiste des Nabis.
Marthe aux premières années nabies
Ce portrait appartient à la période où Bonnard, jeune membre du groupe des Nabis, délaisse la grande peinture d'histoire pour la scène domestique. Rencontrée en 1893, Marthe devient aussitôt son motif de prédilection : il la peint des centaines de fois, au bain, à table, dans la pénombre des chambres. Ici, elle pose encore vêtue, assise près d'une cheminée, dans ce registre intimiste que Bonnard partage avec son ami Édouard Vuillard. La toile condense déjà sa manière : l'attention au quotidien, la présence silencieuse d'un corps familier, l'intérieur bourgeois comme théâtre unique.
Une femme assise près de la cheminée
Marthe occupe le centre de la composition, assise de face, les mains posées sur les genoux. Elle porte une blouse à carreaux orangés nouée d'un nœud au col et une ample jupe brune qui se répand jusqu'au sol. Un chapeau coiffe sa chevelure fauve, tandis que son visage pâle, aux yeux sombres, fixe le spectateur. Derrière elle se dressent les montants clairs d'une cheminée et, sur la droite, une forme jaune posée en hauteur. À ses pieds, un chat tigré se love dans les plis de l'étoffe, signe discret de l'intimité domestique chère au peintre.
La touche orange sur le fond d'ocre
Bonnard travaille la toile en matière épaisse, à l'huile, par touches nerveuses qui font vibrer chaque surface. La palette se concentre sur une gamme chaude : ocres olivâtres du mur, bruns profonds de la jupe, et surtout ce rouge orangé de la blouse qui capte immédiatement le regard. Les contours se dissolvent dans l'empâtement ; la figure émerge de la couleur plutôt qu'elle n'est dessinée. Ce parti pris — la couleur comme structure — signe la leçon nabie et annonce le coloriste flamboyant que Bonnard devient.
Marthe, modèle d'une vie entière
Marthe de Méligny reste la figure la plus présente de toute l'œuvre de Bonnard, qui lui consacre près de quatre cents tableaux jusqu'à la mort de la jeune femme en 1942. Cette omniprésence nourrit l'un des grands récits de l'histoire de l'art moderne : celui d'un peintre transformant l'intimité partagée en obsession picturale. Les portraits de ces années, encore marqués par l'esthétique nabie, retiennent l'attention pour leur manière de faire de la banalité domestique une peinture pure. Ils préparent les grandes toiles lumineuses du Bonnard de la maturité.
Une chaleur feutrée pour un intérieur contemporain
Cette reproduction apporte à un mur une présence chaleureuse et une matière picturale rare. Ses ocres et ses bruns s'accordent aux intérieurs feutrés — un salon aux tons naturels, une bibliothèque, un bureau habillé de bois et de cuir — où la tache orange de la blouse réveille l'ensemble sans le rompre. Le format vertical, resserré sur la figure, convient à un pan de mur étroit, entre deux fenêtres ou au-dessus d'une console. Elle parle aux amateurs de peinture intimiste et de tonalités automnales, à ceux qui préfèrent la chaleur d'un portrait ancien à la froideur d'une image graphique.
Cette oeuvre est une peinture de la période moderne appartenant au style nabis.
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