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Malice et Repos DE John William Godward
Malice et Repos
Peinte en 1895, Malice et Repos appartient à la grande veine des scènes antiques imaginées par John William Godward, un peintre britannique qui a voué toute sa carrière à ressusciter la Grèce et la Rome rêvées du XIXe siècle. L'œuvre condense ses obsessions d'alors : la beauté féminine saisie dans l'oisiveté, les étoffes diaphanes, le marbre poli et les peaux de fauve. Cette huile sur toile de format horizontal relève pleinement de l'esthétique préraphaélite à laquelle Godward reste fidèle, à rebours des avant-gardes modernes qui bouleversent la peinture à la même date.
Une allégorie grecque de l'espièglerie et du sommeil
Le tableau met en scène deux jeunes femmes vêtues de chitons semi-transparents, incarnations allégoriques du Repos et de la Malice. À gauche, une rousse sommeille, le dos appuyé contre une peau de tigre étendue le long d'un banc de marbre, un bras abandonné au-dessus de la tête. À droite, une blonde assise au bout de la couche la fixe de profil et tend vers elle une épingle, prête à piquer le visage de sa compagne pour la tirer du sommeil. Toute la tension du sujet tient dans ce geste minuscule et malicieux, suspendu avant le réveil, qui transforme une scène de langueur en petit théâtre de la farce antique.
Le marbre, la fourrure et les chairs claires
La composition joue sur un contraste de matières porté à un haut degré de virtuosité. Godward oppose le poli froid du marbre — mur veiné, banc, dallage géométrique du sol — à la chaleur fauve de la peau de tigre et à la douceur bleutée des drapés. Derrière les figures, un entablement orné et une masse de fleurs pâles referment l'espace. La palette, dominée par les bleus tendres, les crèmes et les ocres, met en valeur la carnation diaphane des deux modèles. Le rendu des tissus translucides, laissant deviner le corps, témoigne de cette minutie quasi photographique qui fait la signature de l'artiste.
Godward, héritier tardif d'Alma-Tadema
Godward prolonge la leçon de Lawrence Alma-Tadema, maître des reconstitutions antiques, dont il pousse plus loin encore le fétichisme du marbre et des textures. Longtemps dédaigné par une critique qui jugeait son académisme dépassé à l'ère du modernisme, son art connaît une spectaculaire réévaluation depuis la fin du XXe siècle. Malice et Repos est achetée à l'artiste dès l'année de sa création, puis acquise par le magnat J. Paul Getty en 1938. Elle est aujourd'hui conservée au Musée J. Paul Getty de Los Angeles, où elle figure parmi les témoignages les plus aboutis de cette peinture victorienne de l'âge d'or antique.
Une scène raffinée pour intérieurs classiques et apaisants
En reproduction murale, Malice et Repos apporte une élégance intemporelle immédiatement lisible. Son format horizontal se prête aux grands murs d'un salon, au-dessus d'un canapé ou d'une console, où il déploie son récit comme une frise. La douceur de ses bleus et de ses crèmes s'accorde aux intérieurs classiques, aux ambiances cosy et feutrées comme aux décors contemporains épurés qui cherchent un point focal chaleureux. Chambre, bibliothèque, cabinet ou entrée : partout cette scène de marbre et de langueur installe une atmosphère raffinée et paisible, et parle aux amateurs de beauté académique, d'Antiquité rêvée et de peinture narrative.
Cette oeuvre est une peinture de la période moderne appartenant au style préraphaélisme.
Le lieu de conservation de « Malice et Repos » est Musée J. Paul Getty, Los Angeles, Etats-Unis.
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