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L'averse DE Paul Serusier
L'averse
L'Averse saisit une silhouette de Bretonne pressant le pas sous un large parapluie sombre, au milieu d'une ruelle de village fouettée par la pluie. Paul Sérusier peint cette huile sur toile verticale en 1893, à Huelgoat, au cœur du Finistère, dans ces années où la Bretagne intérieure devient son atelier à ciel ouvert.
Peint à Huelgoat au cœur de l'aventure nabie
Cette scène de rue appartient au moment le plus décisif de la carrière de Sérusier. Après sa rencontre avec Paul Gauguin à Pont-Aven en 1888, d'où il rapporte le fameux petit panneau Le Talisman, le peintre devient le théoricien et le fédérateur des Nabis. En s'installant régulièrement dans le Finistère, il prolonge une recherche post-impressionniste qui rompt avec le réalisme et l'impressionnisme, nourrie des pensées d'Henri Bergson et d'Arthur Schopenhauer. L'Averse montre un Sérusier qui ne cherche plus à noter une sensation fugitive mais à condenser une vision, simplifiée et méditée.
Une Bretonne pressée sous le parapluie
Au premier plan, une femme vêtue d'une longue robe noire et coiffée d'une coiffe blanche bretonne avance courbée, son parapluie incliné contre les intempéries. Derrière elle, une seconde figure minuscule, elle aussi abritée sous un dôme sombre, traverse la place. Autour, les maisons de granit du bourg — pignons gris, volets rouges, fenêtres claires — dressent un décor de village finistérien. Sérusier élève ainsi un motif du quotidien, la marche sous l'ondée, au rang de sujet pictural à part entière.
Aplats de couleur et rideau de pluie oblique
Le tableau tire toute sa force de son parti pris plastique. Sérusier travaille par aplats de teintes franches, cernés et simplifiés : le sol de la place s'étale en une vaste plage de terre rose ponctuée de reflets, tandis que les toits et les silhouettes se découpent en masses sombres. Sur l'ensemble, un réseau de hachures obliques traduit la pluie battante et unifie la surface, rappelant l'influence de l'estampe japonaise chère aux Nabis. Le format vertical resserre la composition sur la marcheuse et accentue l'impression d'une averse qui tombe droit sur le village.
Conservée au musée d'Orsay depuis 1983
Aujourd'hui présentée au musée d'Orsay, à Paris, où elle est entrée en 1983, l'œuvre figure parmi les témoignages majeurs de la synthèse nabie. Aux côtés des intérieurs et des paysages de Sérusier réunis lors de la rétrospective de 1993 sur les Nabis, notamment au Kunsthaus de Zürich, cette scène de rue illustre la manière dont le mouvement a détourné la peinture de l'imitation au profit de la couleur pure et de la forme pensée. Elle éclaire l'héritage laissé aux Nabis — Maurice Denis, Pierre Bonnard, Édouard Vuillard — qui feront de l'aplat décoratif un langage moderne.
Une échappée bretonne pour un intérieur épuré
En reproduction murale, L'Averse apporte une note à la fois graphique et intime, idéale pour un salon contemporain ou une entrée qui cherche du caractère sans surcharge. Son grand aplat de terre rose et ses noirs profonds dialoguent avec un mobilier clair, des matières naturelles et une décoration sobre d'inspiration scandinave ou wabi-sabi. Le format vertical se glisse volontiers dans une cage d'escalier, un couloir ou un pan de mur étroit, où il attire l'œil. Elle séduira les amateurs de Bretagne, de peinture moderne et d'images qui racontent une atmosphère — ici, la douceur mélancolique d'un jour de pluie transformée en pure poésie de la couleur.
Cette oeuvre est une peinture de la période moderne appartenant au style post-impressionnisme.
Le lieu de conservation de « L'averse » est Musée d'Orsay, Paris, France.
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