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L'arbre jaune DE Emile Bernard
L'arbre jaune
L'arbre jaune appartient à l'année charnière d'Émile Bernard, 1888, celle où le peintre, installé en Bretagne, invente avec ses compagnons un langage neuf. Cette huile sur toile au format vertical condense les recherches post-impressionnistes de l'artiste : simplification des formes, couleur posée en larges plages, refus de l'illusion atmosphérique.
Peint à Pont-Aven en 1888
Émile Bernard réalise ce paysage au moment où il séjourne à Pont-Aven, aux côtés de Paul Gauguin. À vingt ans à peine, il tourne le dos à l'impressionnisme dans lequel il a d'abord été formé et cherche une peinture plus construite, débarrassée de la touche fragmentée. L'arbre monumental qui occupe la toile témoigne de cette ambition : Bernard ne peint plus une impression fugitive, mais une forme stable, ramassée, presque héraldique. Le tableau s'inscrit ainsi dans le tournant post-impressionniste qui, à la fin des années 1880, redonne à la ligne et à l'aplat leur pouvoir d'organisation.
L'arbre, le champ d'or et le val
Le motif est celui d'un paysage de campagne bretonne ramené à quelques masses essentielles. Un grand arbre feuillu, à la couronne verte arrondie et striée de bruns rougeâtres, domine la composition et s'élève sur presque toute la hauteur de la toile. Derrière lui s'étend un vaste champ d'un jaune éclatant, rehaussé de touches orange, qui tranche avec la sombre densité du feuillage. Au fond, des collines mauves et bleutées ferment l'horizon sous un ciel pâle traversé de nuages roses. Au premier plan, une prairie verte parcourue de traînées rougeâtres accueille un jeune plant élancé et une mare sombre, ovale, posée comme une tache d'ombre. La scène ne raconte rien : elle célèbre la pure présence de la nature.
Des aplats verticaux et une palette contrastée
Bernard travaille ici l'huile sur toile dans un format vertical qui étire le paysage et accentue l'élan de l'arbre. La composition procède par larges plages de couleur juxtaposées, cernées de façon souple, où chaque zone — feuillage, champ, prairie, ciel — affirme sa teinte propre. La matière est posée en touches parallèles, verticales, qui vibrent sans se dissoudre : le vert profond du feuillage se charge de rouges et de bruns, le jaune du champ irradie, les collines glissent vers le violet. Ce parti pris chromatique franc, où les complémentaires se répondent, révèle le goût de Bernard pour une couleur autonome, expressive plutôt que descriptive.
Un jalon de l'école de Pont-Aven
Ce type de paysage participe de l'aventure de l'école de Pont-Aven et des recherches que Bernard mène en 1888 aux côtés de Gauguin, autour de la synthèse des formes et de l'aplat coloré. Longtemps l'histoire a retenu le seul nom de Gauguin, mais Bernard revendique une part décisive dans l'élaboration de ce vocabulaire nouveau, où le motif est simplifié, la profondeur aplatie et la couleur libérée. L'arbre jaune illustre cette contribution : par sa hardiesse chromatique et sa construction en masses, il annonce les libertés que revendiqueront après lui les Nabis et l'ensemble de la peinture moderne.
Une verticale colorée pour un intérieur épuré
Reproduite en grand format, cette toile apporte une colonne de couleur qui structure un mur et attire immédiatement le regard. Son format vertical la destine aux espaces étroits — un pan de mur entre deux fenêtres, une entrée, une cage d'escalier — qu'elle anime sans les surcharger. Le dialogue du vert profond et du jaune solaire s'accorde à un intérieur contemporain et épuré, où le bois clair et les tons neutres laissent la couleur s'exprimer. Elle convient aussi bien à un salon lumineux qu'à un bureau, et parle aux amateurs de paysage, de couleur franche et de l'aventure de Pont-Aven.
Cette oeuvre est une peinture de la période moderne appartenant au style post-impressionnisme.
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