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Pont de Charing Cross, 1906 DE André Derain
Pont de Charing Cross, 1906
Peint à Londres vers 1906, Pont de Charing Cross appartient au moment le plus intense de l'aventure fauve d'André Derain. C'est un paysage urbain qui pose la couleur pure comme sujet à part entière, au bord de la Tamise.
Londres 1906, au sommet de l'aventure fauve
L'œuvre naît d'un séjour londonien commandé par le marchand Ambroise Vollard, qui envoie Derain sur les traces des vues de la Tamise peintes quelques années plus tôt par Claude Monet. Le jeune peintre, alors âgé de vingt-six ans, sort tout juste de l'été à Collioure passé aux côtés d'Henri Matisse. Il applique ici à la métropole industrielle le vocabulaire de couleurs saturées mis au point sur la côte méditerranéenne. Le pont de Charing Cross devient le motif d'une véritable série : Derain en donne plusieurs versions, dont d'autres exemplaires rejoignent aujourd'hui de grandes collections américaines.
Le Victoria Embankment qui épouse la Tamise
La toile montre le Victoria Embankment se courbant le long de la Tamise, à hauteur du Hungerford Bridge. La perspective plonge sur le quai rose qui s'incurve depuis le premier plan, longé d'arbres roux et de silhouettes de passants minuscules. Des attelages et des voitures sombres animent la route, tandis que le fleuve vert traverse la composition en diagonale. Dans le lointain se devinent, en masses bleues, la ligne des monuments londoniens où Big Ben et la tour Victoria se détachent sur un ciel embrasé de rose et de jaune.
Une gamme complémentaire posée en touches franches
Cette huile sur toile de format horizontal, mesurant 81 sur 100 centimètres, organise tout son effet autour du contraste des complémentaires. Le rose du ciel et des quais répond au vert du fleuve, le bleu des lointains aux touches d'orangé des arbres. Derain juxtapose la couleur en touches divisées, larges et franches, sans souci de mélange atmosphérique : chaque zone affirme sa teinte à pleine intensité. La lumière ne vient pas d'une source réelle mais de la vibration des tons entre eux. Cette autonomie chromatique, où la couleur cesse de décrire pour construire l'espace, définit la démarche fauve à son point le plus abouti.
Du Salon d'Automne aux collections d'Orsay
Le tableau est exposé à Paris au Salon d'Automne de 1906, deux ans après le scandale de la « cage aux fauves » qui avait donné son nom au mouvement. L'œuvre passe ensuite entre les mains d'Ambroise Vollard, puis entre dans les collections publiques françaises en 1973, offerte par Max Kaganovitch et son épouse Rosy. Elle est conservée depuis 1986 au musée d'Orsay, où elle témoigne du dialogue que Derain engage avec Monet : là où l'impressionniste cherchait la dissolution des formes dans la brume, le fauve leur substitue l'éclat d'une couleur revendiquée. La série londonienne reste l'un des sommets d'un fauvisme dont Derain fut, avec Matisse et Vlaminck, l'un des principaux acteurs.
La couleur pure pour un intérieur contemporain
Reproduite en grand format, cette vue de la Tamise apporte à un intérieur une charge chromatique immédiate et joyeuse. Ses roses, ses verts et ses bleus francs réveillent un salon contemporain aux murs clairs, où elle devient un point focal sans jamais alourdir l'espace. La composition en diagonale et le sujet urbain conviennent aussi à un bureau ou à un espace tertiaire cherchant une note d'énergie et de culture. Elle s'accorde avec un mobilier design épuré comme avec un décor plus éclectique, et parle aux amateurs de couleur assumée autant qu'aux passionnés d'histoire de l'art moderne.
Cette oeuvre est une peinture de la période moderne appartenant au style fauvisme.
Le lieu de conservation de « Pont de Charing Cross, 1906 » est Musée d'Orsay, Paris, France.
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