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Le suicide de Dorothy Hale DE Frida Kahlo
Le suicide de Dorothy Hale
Peint en 1939, Le suicide de Dorothy Hale naît d'une commande que Frida Kahlo détourne radicalement. La mécène Clare Boothe Luce demande un portrait commémoratif de son amie, l'actrice new-yorkaise Dorothy Hale, qui vient de se donner la mort en se jetant du haut de l'immeuble Hampshire House. Kahlo livre au contraire une scène frontale de la chute, à un moment où sa peinture pousse à l'extrême le mélange de douleur intime et d'imagerie populaire mexicaine. L'œuvre s'inscrit au cœur de sa veine la plus troublante, celle qui vaut à l'artiste d'être rattachée au surréalisme par André Breton, un rattachement qu'elle-même n'a jamais pleinement revendiqué.
La chute décomposée en trois instants
La toile raconte la mort en un seul plan vertical. Au sommet, un gratte-ciel blanc émerge d'un banc de nuages ; une minuscule silhouette bascule d'une fenêtre. Plus bas, le corps réapparaît en pleine chute, jambes ouvertes dans le vide. Au premier plan enfin, Dorothy Hale gît sur le sol brun, allongée face au spectateur, vêtue d'une robe de velours noir et d'un bouquet de fleurs jaunes épinglé à la poitrine. Du sang perle à son oreille et à son visage, tandis que son regard reste ouvert. Une inscription en espagnol court sur toute la largeur inférieure, à la manière d'une dédicace votive qui relate la date et les circonstances du drame.
Le format du retablo et le sang débordant du cadre
Kahlo emprunte la forme de l'ex-voto mexicain, ce petit tableau de dévotion peint sur métal ou sur bois où une scène de malheur s'accompagne d'un texte explicatif. L'œuvre est exécutée à l'huile sur isorel, en format resserré, fidèle à cette tradition populaire. La palette oppose le gris bleuté des nuages, le blanc de l'édifice et le noir de la robe, ponctués de touches de rouge. Détail saisissant, le sang déborde de la scène pour tacher le bord peint du cadre, abolissant la frontière entre l'image et l'espace du regardeur. Cette continuité entre la représentation et son support signe l'audace plastique de l'ensemble.
Un tableau que sa commanditaire voulut détruire
La réception fut d'abord un choc. Clare Boothe Luce, découvrant non un portrait mais la représentation crue du suicide, envisagea de détruire l'œuvre et fit effacer la mention de son nom dans l'inscription. Le tableau échappa pourtant à la destruction et devint l'une des pièces les plus commentées de l'artiste. La biographe Hayden Herrera y voit une méditation de Kahlo sur la mort, la souffrance féminine et sa propre fascination pour le corps blessé. Conservée aujourd'hui au Phoenix Art Museum, l'œuvre demeure une référence pour comprendre comment Frida Kahlo transforme un fait divers en icône picturale.
Une présence forte pour un intérieur affirmé
Reproduite en toile ou en tirage d'art, cette œuvre s'adresse aux amateurs de Frida Kahlo et d'art moderne qui recherchent une pièce à fort caractère. Sa verticalité et sa gamme sobre, dominée par les gris et les noirs, s'accordent à un intérieur contemporain comme à un décor plus éclectique, sur un mur de galerie ou dans un bureau de collectionneur. Elle crée une atmosphère intense, propice à la conversation et à la contemplation, et parle à un public sensible à la charge émotionnelle de l'histoire de l'art. Son sujet grave la destine davantage à un espace personnel ou culturel qu'à une chambre d'enfant, où sa force dramatique trouve toute sa place.
Cette oeuvre est une peinture de la période moderne appartenant au style surréalisme.
Le lieu de conservation de « Le suicide de Dorothy Hale » est Phoenix Art Museum, Phoenix, Etats-Unis.
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