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Le lion et la mouche DE Jean-Baptiste Oudry
Le lion et la mouche
Peinte en 1732, cette huile sur toile appartient au grand cycle animalier qui fait de Jean-Baptiste Oudry le maître incontesté du genre en France. À cette date, l'artiste dirige déjà les commandes royales et travaille pour la manufacture des Gobelins comme pour celle de Beauvais. Le fauve rugissant, dressé au milieu d'un décor rocheux, illustre son goût pour l'observation naturaliste servie par une virtuosité toute rococo dans le rendu des matières.
Une carrière tournée vers le fauve et la chasse
Formé auprès de Nicolas de Largillière, Oudry glisse du portrait vers la scène de chasse et le portrait animalier, spécialité qui assoit sa réputation dans les années 1720-1730. Il croque les fauves de la ménagerie de Versailles d'après nature, une pratique alors rare qui nourrit sa science de l'anatomie et du pelage. Le lion et la mouche s'inscrit dans cette veine où l'animal cesse d'être un accessoire décoratif pour devenir le sujet héroïque du tableau.
La fable du lion terrassé par l'insecte
Le sujet renvoie à la fable de La Fontaine Le Lion et le Moucheron, où le roi des animaux, harcelé par un frêle insecte, découvre que la force brute ne protège de rien. Au centre, le lion campé sur ses pattes ouvre une gueule menaçante, crinière hérissée, queue fouettant l'air, tout entier tendu vers l'intrus minuscule qui volette près de la branche morte. Autour de lui, un paysage de rochers escarpés, un arbre foudroyé et des chardons épineux au premier plan renforcent la tension de la scène. L'opposition du colosse et de la mouche donne au motif sa portée morale.
Le pelage, la roche et la lumière
La toile joue sur une gamme fauve d'ocres et de bruns, chauffée par la robe du lion, que viennent tempérer les gris minéraux des rochers et le bleu voilé d'un ciel d'orage. Oudry détaille chaque mèche de la crinière avec une touche souple, opposant la douceur du poil à la dureté anguleuse de la pierre et au feuillage acéré du premier plan. La composition, bâtie sur une diagonale puissante, projette le corps du fauve vers le spectateur tandis que le fond s'ouvre sur une échappée de vallée. Ce sens du contraste des textures signe la maîtrise technique qui distingue le peintre.
Un maître animalier admiré de Diderot à Chardin
Oudry a exercé une influence durable sur la peinture animalière européenne, et son atelier a nourri toute une génération de peintres de chasse. Les commandes de tapisseries qu'il inspire diffusent ses compositions bien au-delà du cadre du tableau de chevalet. Diderot, dans ses Salons, salue l'exactitude et la vie de ses bêtes, qualités que la postérité a associées à son nom autant qu'à celui de son contemporain Chardin. Le lion et la mouche est aujourd'hui conservé au Nationalmuseum de Stockholm, où il témoigne du rayonnement international de l'artiste.
Une présence sauvage pour un mur de caractère
Cette reproduction apporte une force dramatique immédiate à un intérieur. Le fauve rugissant et sa palette de bruns chauds trouvent leur place au-dessus d'une cheminée, dans un bureau à l'esprit cabinet de curiosités ou un salon aux tons boisés. Elle dialogue avec un mobilier classique, du cuir patiné, une bibliothèque, mais tranche aussi avec bonheur sur un mur sombre contemporain, où sa lumière ambrée devient le point focal de la pièce. Format généreux privilégié, elle parle aux amateurs d'art ancien comme aux amoureux de la nature sauvage en quête d'une œuvre qui impose sa présence.
Cette oeuvre est une peinture de la période classique appartenant au style rococo.
Le lieu de conservation de « Le lion et la mouche » est National Museum, Stockholm, Suède.
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